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  QUOI

Appel à participation pour le Colloque international “Femmes et Histoire(s) dans la littérature et les arts”.

QUAND ET OU

3, 4 et 5 mars 2020, Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis, Université de Tunis, Tunisie.

SUJET

Le colloque pluridisciplinaire Femmes et Histoire(s) dans la littérature et les arts, organisé par la Faculté des Sciences Humaines et Sociales de Tunis (Université de Tunis) et le Laboratoire de recherche Intersignes ( LR14ES01), entend réinterroger l’écriture : représentation et interprétation de l’Histoire à travers la grille des études de genre[1]. Il s’agira de questionner la manière dont les récits historiques ou fictionnels, écrits, parlés ou représentés, prennent en charge la représentation des genres et ses transformations.

Considérer le rapport Femmes/Histoire revient dans un premier temps à considérer le passé et le rôle des femmes en tant qu’acteures de ce passé. Encore faut-il que pour être sujets de l’Histoire, les femmes doivent avoir détenu et exercé le pouvoir. Or au-delà d’exemples isolés, stéréotypés – voire anecdotiques, l’étude épistémologique de « la cité des femmes » se heurte à un écueil de taille restreignant le support de la réflexion aux utopies, aux uchronies ou à une approche contrefactuelle de l’Histoire.

Le rapport Femme/Histoire trouve également sa place dans le roman historique, dans l’autofiction, l’autobiographie, etc. En ce sens, il convient de se demander dans quelle mesure la prise en charge de l’histoire par les littératures et les arts, terrain de la subjectivité par excellence, est susceptible de restituer les tensions dans les rapports de genre et d’illustrer les combats féminins et/ou de les historiciser. Existe-il des formes d’expression littéraires et artistiques plus enclines à accueillir l’histoire des femmes ? Le XVIIIe siècle bien pensant n’a-t-il pas condamné le roman en s’appuyant sur les mêmes allégations : le roman, les mémoires et pseudo-mémoires seraient des « affaires de femmes », trop intimistes pour prétendre à des causes universelles. Les combats de femmes ne peuvent-ils être que matière autobiographique et biographique ? Inscrire le personnel dans le collectif et interpréter l’historique à l’aune des subjectivités contribue pourtant, nous le savons, à une meilleure compréhension de l’histoire.

À considérer « l’Histoire » comme l’œuvre des historiens (et des historiennes ?), autrement dit, comme récit historiographique qui repose sur la reconstitution textuelle ou imagée des événements du passé, ne gagnerions-nous pas à commencer par poser cette question préliminaire : qu’est-ce qu’un « événement » ? Quoiqu’on en dise, « l’événement » demeure une interprétation subjective du réel. En mesurer l’importance par rapport aux conséquences et aux retombées présentes ou futures (Certeau, 1968) demeure, de même, du ressort d’une subjectivité. En rapporter le récit consisterait donc à transformer l’Histoire en un savoir sexué. Vu sous cet angle, on pourrait s’interroger sur la place que les récits proprement historiques ont réservé aux femmes et à leurs combats.

Les recherches féministes des années 70 ont démontré que les femmes, comme sujets et comme individus, ont été sinon exclues des récits historiographiques, du moins invisibilisées. L’histoire a, au meilleur des cas et sous une certaine pression, fait « des femmes » un objet d’étude. La postérité doit à ce projet « bienveillant » les dictionnaires des femmes célèbres, des galeries de portraits de femmes « exceptionnelles » ayant « marqué leur temps », « épouse de », « maîtresse de », « fille de », etc[2]. À qui incombe la responsabilité de tels aprioris ? À la résistance des mythes ? À l’hostilité des religions ? Aux pouvoirs politiques ? Aux urgences nationales ? Aux crises financières ?

Aussi les questions posées depuis ces dernières décennies gardent-elles toute leur pertinence aujourd’hui : n’existerait-il pas une histoire littéraire des femmes, une histoire intellectuelle des femmes, une filmographie féminine, une histoire politique des femmes auxquelles il conviendrait de s’intéresser ? Faut-il, pour en faire la preuve, revenir à l’Histoire consacrée et dévoiler ses omissions, la réécrire, la déstructurer en restituant la part des femmes aux femmes ?

L’idée est de relire le récit historique en tant que produit des tensions qui régissent les relations entre les sexes. Dans le même temps, il serait légitime de considérer les tensions sexuées dans leurs aspects diachroniques mais aussi interculturels. Établir des passerelles, décloisonner, considérer l’histoire universelle (globale) permettra peut-être de mieux saisir certaines ambigüités, d’où l’intérêt que présente une approche comparative. Les luttes féministes des égyptiennes acteures de la Nahdha arabe ont coïncidé avec le mouvement des suffragettes britanniques et s’en sont nourri. Houda Shaaraoui, en tant que femme égyptienne appartenant à la haute société, ne pouvait dans un premier temps prendre la parole publiquement ; elle a ainsi fait de certaines féministes européennes, camarades de lutte, ses porte-paroles. Lors des révolutions arabes, les femmes, notamment en Tunisie, ont brandi les slogans de Mai 68. Plus récemment, les médias ont vite fait de la jeune étudiante soudanaise, Alae Salehlala la parfaite réincarnation de l’icône de Delacroix. Au-delà de leur apparente facilité ou de leur pertinence, ces rapprochements ne sont-ils pas symptomatiques d’une « réappropriation symbolique des événements » et des causes ?

Aujourd’hui, la réappropriation féministe de l’histoire passe aussi par la langue. La langue, les langues du monde et leur système, souvent miroir du patriarcat universel seraient pour beaucoup dans l’invisibilisation et l’inaudibilisation des femmes. L’ouvrage d’Eliane Viennot[3] situe historiquement la genrification du système de la langue française au XVIIIe siècle. Selon l’auteure, la langue aurait subi un processus de genrification profondément politique dans le sens où elle aurait permis d’assoir des hiérarchies fondatrices. Contester la « noblesse » du masculin, consacrée par les dictionnaires classiques, arracher l’aval des Académies, ces combats font date aujourd’hui. Cependant, les enjeux sont autrement plus importants que de féminiser les noms de métiers, par exemple. Selon Claudie Baudino[4], féminiser la langue revient à féminiser le pouvoir et donc à réécrire aussi bien le passé que le présent.

Il serait également intéressant d’interroger la langue sur sa capacité à se renouveler, à historiciser les troubles consacrés dans le genre (Butler, 2005). Quel avenir pour  l’écriture inclusive aujourd’hui, pour la langue « dégenrée » [5]? Les désignations acronymiques internationalisées « LGBTQIA », « LGBTI » ou encore « LGBT+ », etc. seraient-elles l’expression de la souplesse de la langue ou de ses réticences ?

Ce colloque international et transdisciplinaire a pour objectif d’historiciser la genrification ou la dégenrification dans la langue et dans les différentes formes d’expression littéraire et artistique à travers les époques et les sociétés. Les interventions portant sur l’une des problématiques appliquées à l’histoire de l’Occident sont les bienvenues. Mais nous encourageons vivement les propositions centrées sur le Maghreb et sur le reste du monde arabe. Nous avons l’ambition de porter prioritairement la réflexion sur les récentes luttes des femmes maghrébines et arabes afin de dépasser la démarche descriptive de leur inscription dans l’histoire. D’autant plus qu’il y a urgence à collecter les archives des militantismes féministes maghrébins et des autres mouvements de lutte pour les libertés individuelles et les identités sexuelles depuis les mouvements d’indépendance jusqu’à aujourd’hui.

ECHEANCE ET CANDIDATURE

Les propositions de communication accompagnées d’un titre ainsi que d’une notice bio-bibliographique (précisant, entre autres, l’université, laboratoire et/ou unité de recherche de rattachement) avant le 1er décembre à l’adresse suivante : colloques.intersignes@gmail.com.

Les langues du Colloque sont le français, l’arabe et l’anglais.

Les notifications d’acceptation ou de refus des propositions de communication seront transmises aux auteur.e. s au plus tard le 15 décembre 2019.

Publication des actes du Colloque : hiver 2020.

 

Comité scientifique

Jamil Chaker (Université de Tunis), Samia Charfi (Université de Tunis), Touriya Fili-Tullon (Université Lumière Lyon 2), Sonia Fitouri (Université de Tunis), Amel Grami (Université de Manouba), Asma Guezmir (Université de Tunis), Alma Hafsi (Université de Tunis), Senda Jlidi (Université de Tunis), Roua Khlifi (Université de Tunis), Soumaya Mestiri (Université de Tunis), Anis Nouaïri (Université de Tunis), Thabette Ouali (Université de Tunis), Christine Planté (Université de Lyon 2), Marie-Jeanne Zinetti (Université de Lyon 2).

Comité d’organisation

Asma Guezmir, Anis Nouaïri, Thabette Ouali.

 

Bibliographie

Histoire et genre

  • Collectif, Les Cahiers du GRIF, n°37-38, 1988. Le genre de l’histoire.
  • Claudie Baudino, Politique de la langue et différence sexuelles, la politisation du genre des noms de métier, L’Harmattan, Paris, 2001.
  • Le Silo, « The Look, regard féministe sur le cinéma », Vacarme, 2014/3 (N° 68), p. 78-97. DOI: 10.3917/vaca.068.0078. URL : https://www.cairn.info/revue-vacarme-2014-3-page-78.htm
  • Michel de Certeau, L’écrivain de l’histoire, Paris, Gallimard, coll. « Folio », 2002.
  • Collectif, 20 ans de théories féministes sur le cinéma, Grande Bretagne et États-Unis, Cinémaction, 1993.
  • Collin Françoise. Introduction : Sexes et savoir, Les Cahiers du GRIF, n°37-38, 1988. Le genre de l’histoire. pp. 5-7.
  • Anne-Marie Houdebine-Gravaud, « Trente ans de recherche sur la différence sexuelle, ou Le langage des femmes et la sexuation dans la langue, les discours, les images », Langage et société, 2003/4 (n° 106), p. 33-61.
  • Emilie Rodriguez, Les mobilisations contre les publicités sexistes, le temps de la réaction ?, Le Manuscrit, 2004.
  • Louise A. Tilly, Yvon-Deyme Brigitte, Deyme Michel. Genre, histoire des femmes et histoire sociale. In: Genèses, 2, 1990. A la découverte du fait social, sous la direction de Robert Salais. pp. 148-167.
  • ElianeViennot, Et la modernité fut masculine. La France, les femmes et le pouvoir, 1789-1804 – Paris, Perrin, 2016.
  • Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin ! Petite histoire des résistances de la langue française, iXe, 2014.

 

Maghreb et monde arabe

  • Dalenda Largueche, « En Tunisie », Clio. Histoire‚ femmes et sociétés [En ligne], 9 | 1999, mis en ligne le 14 novembre 2006, consulté le 04 avril 2019. URL : http://journals.openedition.org/clio/294 ; DOI : 10.4000/clio.294
  • Sophie Bessis, Souayr Belhassen, Femmes du Maghreb : l’enjeu, Cérès productions, Tunis, 1992.
  • Collectif, Mémoire de femme: Tunisiennes dans la vie publique 1920-1960, C.R.E.D.I.F., I.S.H.M.N., 1993, Tunis.
  • Collectif, Nouvelles questions féministes, Féminismes dans les pays arabes 2016/2, vol. 35.
  • Collectif, Nouvelles questions féministes, Féminismes au Maghreb 2014/2, vol. 33.
  • Daoud Zakya, Féminisme et politique au Maghreb, Soixante ans de lutte, Casablanca, éd. Eddif, Casablanca, 1993.
  • Ilhem Marzouki, Le Mouvement des femmes en Tunisie au XXe siècle, Cérès productions, Tunis, 1993.
  • Malika Zamiti, Naïla Zoughlami, « Repères pour une lecture des écrits sur les femmes en Tunisie », in Femmes et sociétés : la Tunisie et le Maroc, Mireille Paris, Annuaire de l’Afrique du Nord, CNRS, 1989.

 

[1]Scott Joan, Varikas Éléni, « Genre : Une catégorie utile d’analyse historique », Les Cahiers du GRIF, n°37-38, 1988. Le genre de l’histoire. pp. 125-153.

[2] Christine Planté, « Femmes exceptionnelles : des exceptions pour quelles règles ? », Les Cahiers du GRIF, « Le Genre de l’Histoire », 1988, 37-38, pp. 90-111.

[3]ElianeViennot, Et la modernité fut masculine. La France, les femmes et le pouvoir, 1789-1804 – Paris, Perrin, 2016.

[4]Claudie Baudino, Politique de la langue et différence sexuelles, la politisation du genre des noms de métier, L’Harmattan, Paris, 2001.

[5]Anne-Marie Houdebine-Gravaud, « Trente ans de recherche sur la différence sexuelle, ou Le langage des femmes et la sexuation dans la langue, les discours, les images », Langage et société, 2003/4 (n° 106), p. 33-61. DOI : 10.3917/ls.106.0033. URL : https://www.cairn.info/revue-langage-et-societe-2003-4-page-33.htm


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Pic: Marie-Denise Villers, Jeune femme dessinant

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